un autre Japon

Photographies: Philippe Vidoni

Niigata, un autre Japon .

Plus authentique, plus calme, peu connue à seulement deux heures de l’effervescente Tokyo par le Joetsu Shingansen JR (train à grande vitesse), la ville de Niigata sur la côte Ouest du Japon septentrional figure un autre Japon. Si elle raconte au travers de ces vestiges un passé glorieux, elle n’en cultive pas moins dans ses plaines opulentes une agriculture traditionnelle aujourd’hui tournée vers le futur. Associée à un art de vivre ancestral, c’est une découverte rare et fascinante.

Bien que super rapide, le fameux Shingansen met une bonne demie heure pour quitter l’agglomération tentaculaire de Tokyo

le célèbre Shigansen

alourdie de ses presque six millions d’habitants. On traverse ensuite de bucoliques paysages de rizières, quelques villes et montagnes qui ressemblent aux Alpes et l’on débouche sur l’immensité de la riche plaine d’Echigo. Elle est sertie de hautes montagnes et bordée par la mer du Japon. L’île de Honshu, la plus grande des quatre qui composent la région est traversée par deux grands fleuves l’Agano et le Shinano. Sur ce dernier, le plus long du pays, Niigata se place à l’embouchure. De tout temps cette importante ville portuaire a été tournée vers la mer. Une tradition ancestrale qui n’en finit plus de nos jours de se perpétuer et qui débute sa notoriété à l’époque Edo (1603/1868) au moment où la ville sert d’escale vitale aux cargos venus charger leurs flancs du fameux riz Koshihikari qui pousse ici et qui fait la richesse de la région. Le musée du Domaine Ito donne une idée de la prospérité des puissants propriétaires terriens de cette époque. La somptueuse demeure sise au cœur d’un merveilleux jardin typiquement japonais ne comportait pas moins de 65 pièces. La colossale salle de banquets recouverte de cent tatamis ne servait pourtant …qu’aux cérémonies familiales. Emblématique, ce domaine devenu depuis le Musée des Cultures du Nord a servi de toile de fond à 

la salle des banquets du musée des cultures du Nord

de nombreux films. Il recèle des poteries, de l’argenterie massive, des sabres, des marqueteries précieuses…., anecdotes: on vous enseignera à préparer vous même le délicieux riz Koshihikari dans un « hagama »  cuiseur traditionnel.

Passée port international en 1858 lorsque le japon a signé un traité de commercialisation avec les grands pays étrangers dont la Grande Bretagne et les Etats-Unis, Niigata devient alors un des cinq principaux ports du pays. Un dynamique centre d’affaires et d’échanges. Dans le style « quasi-occidental » à la mode de ces années là, l’ancien bureau de douane (de nos jours musée Minatopia) est le seul, sur les cinq construits (un dans chaque port), qui subsiste encore. Classé « bien Culturel important » il s’articule autour de l’eau (de la mer et celle du ciel pour la culture du riz) et de la prospérité qu’elle a apportée à la ville. Prospérité induisant, avec l’apparition de somptueuses demeures, de restaurants raffinés et de soif de culture, un nouvel art de vivre tout en perpétuant d’une part celui très ancien des geishas (dont les marins de passage appréciaient déjà la courtoisie et les gracieuses manières), et d’autre part des Onsen.

Les célèbres sources d’eau chaude : Les onsen

Depuis 300 ans, le site d’Iwamuro Onsen constitue un complexe thermal renommé, aux rues jalonnées d’établissements thermaux élégants. C’est le lieu idéal pour découvrir la singularité de la culture japonaise : les Onsen. Ce sont des sources d’eau chaude pour soulager maux et douleurs, chambres typiquement japonaises avec tatami au sol, kimonos yukata en coton et cuisine japonaise de saison. Comme jadis on peut voir ces jolies hôtesses au Furumachi Geigi, leur quartier général dans la cité.

Élément intangible nippon, ce quartier est aussi célèbre que celui de Gion à Kyoto. Dans la rue devant les portes surmontées de lanternes, on assiste à un ballet de ces jolies dames revêtues de soieries élégantes, chaussées de socques de bois et cachant leur visage savamment poudré derrière des éventails. À la maison de thé Geisha, elles dansent, servent le thé matcha (un thé vert en poudre qui donne lieu à une cérémonieuse préparation).

le thé matcha

Elles s’adonnent silencieusement à l’art subtil de l’ikebana ( arrangement floral). Mais pour admirer vraiment le spectacle des geigi toutes menues sanglées de somptueux kimonos et accompagnées par des musiciennes jouant koto et shaminsen (leurs très vieux instruments) il faut se rendre en plein centre ville dans le cadre raffiné de la Villa Saito. Avec une grâce infinie et un art consommé, ces « geigi »» jouent, miment, dansent avec légèreté et communient silencieusement avec le public conquis, oubliant grâce à elles les pesantes contingences matérielles. Un enchantement qui se prolonge par la visite de cette demeure propriété de riches commerçants établis depuis l’ère Edo. Luxueusement conçue en 1918 comme habitat principal et pour invités de marque, cette résidence est largement ouverte sur un jardin japonais merveilleusement paysagé par Matsumoto l’artiste d’alors.

le jardin de la villa Saito paysagé par Matsumoto


Ouvert à la visite c’est certainement le must de Niigata, meubles vaisselle, tableaux, sculptures tout participe de la perfection esthétique. Idem le parc admirable de beauté avec son étang immobile, ses érables flamboyants en automne, ses fougères et ses mousses irradiées de vert au printemps et en toute saisons; ces cascades murmurantes, ses bambous et ses pins intemporels. Le long de ces minuscules sentiers on ressent une atmosphère de sérénité inouï. A deux pas pourtant Niigata avec ses centres commerciaux, ses bureaux, ses grandes artères, ses labos de recherche et son port actif ressemble à une ville actuelle industrieuse où il fait bon vivre. C’est tout le charme et le paradoxe d’une ville tournée vers son passé et regardant l’avenir !

UNE REGION AGRICOLE DE POINTE

elle jouit d’un sol fertile qui a impulsé une agriculture foisonnante et lui confère une place prépondérante dans ce secteur. Les fermes alentours offrent en effet une profusion incroyable de fruits et légumes, un élevage intensif, une culture de fleurs (premier producteurs de tulipes) d’arbres et de plantes. Tout naturellement, la recherche agronomique bât ici son plein. On y fait des expériences en vue d’une qualité optimum pour les fruits et légumes. Des équipes spécialisées étudient les sols pour adapter au mieux les cultures aux saisons, anticipent et soignent les maladies, inventent de nouvelles variétés. A commencer par les fraises d’origine locale dont le centre de recherche de Niigata a mis six ans à élaborer un produit hybride. Une vraie réussite que ces «  fraises Echigohime « . D’un beau rouge brillant, sucrées et particulièrement parfumées, elles s’exportent maintenant dans tout le Japon . Au Niigata Agri-park

Le Niigata Agri park

une immense propriété fermière innovante avec chercheurs expérimentés, les portes sont largement ouvertes au milieu des animaux, et l’on peut traire les vaches, donner à manger aux poules, récolter les légumes, les préparer et les déguster sur place au restaurant … c’est aussi un lieu pédagogique puisqu’il reçoit des écoliers venus découvrir la ruralité « in situe ». Toute une industrie touristique rémunératrice a d’ailleurs découlé de cette attraction pour vivre en immersion une vie de paysan. De jolis cottages ont donc été construits et mis à disposition pour une expérience à la journée, au week end ou à la semaine!. C’est complet ! Idem pour le concept voisin des fermes restaurants. Elles attirent comme un aimant une clientèle de citadins et de vacanciers curieux, avides de connaître cette vie rurale au grand air et de goûter immédiatement et sans chichis aux produits plein de fraîcheur et au plaisir de la table. D’autant que les wineries ne sont pas en reste. Exemple remarquable : la cave d’Occi,

 

la cave d’Occi

un beau vignoble de 7 ha situé au pied de la montagne Kakuda sur du sable cultive 23 cépages (pinot noir, cabernet sauvignon ..). Depuis vingt ans maintenant, cette cave dynamique produit allègrement chaque année ses 80 mille bouteilles. Cave, boutique, restaurant jardin et spa ouverts à la visite ne désemplissent pas. Gros succés également pour la cueillette des fruits et légumes soi même à la propriété: makis, nashis, raisins ou les célèbres poires Le Lectier parfumées et juteuses d’origine française, on les ramasse en direct . On peut les déguster sur place comme à Shirone Grape Garden

Shirone Grape Garden

sous une immense tonnelle de vigne ou les acheter à la boutique qui vend aussi tout ce qui fait de vous un bon jardinier. Autre proposition qui a le vent en poupe : l‘expérience de vie à la ferme « in situe ».

Le célèbre riz Koshihikari

De tous les riz produits qui ont fait la richesse et la notoriété de la région c’est la variété supérieur du riz cultivé ici : le célèbre riz Koshihikari. Une excellence due tout à la fois à la qualité de l’eau enrichie en nutriments s’écoulant des montagnes à la fonte des neiges, aux pluies abondantes et à l’important écart de températures entre semis et récolte de ce climat subtropical. Tout naturellement ce riz exceptionnel associé à la qualité des poissons pêchés dans la mer voisine donnent les plus savoureux des sushis et c’est bien sûr à Niigata que l’on trouve les meilleurs senbei du Japon. Ces galettes de riz grillées, un des grands classique de la cuisine Japonaise se confectionnent en pilant du riz (ici le Koshihikari ). La poudre obtenue est pétrie et mélangée à de la sauce soja, du sel et divers condiments pour former des galettes. Chez Senbei Okoku, un grand complexe agricole et touristique au milieu des rizières comportant boutiques et restaurants, on apprend la confection de ces galettes que l’on décore à sa convenance avant de les faire griller.

fabrication des galettes de riz

Un exercice ludique pour apprentis cuistots passés derrière les fourneaux et qui bien entendu emportent leur travail en guise de souvenir!

La célébrité de la ville réside cependant dans la confection du saké, le fameux et célèbre saké de Niigata qui compte aujourd’hui quinze brasseries. Celle d’Imayotsukasa que nos avons visitée, fondée en 1767 en est à sa 9ème génération. L’entrepôt pittoresque et un brin obscur comme autrefois a gardé son authenticité, ses ustensiles professionnels et ses vieux meubles.

collection de bouteilles de saké à la brasserie D’Imayotsukasa

 

On continue d’y fabriquer un saké de type Junmai selon les méthodes traditionnelles sans ajout d’alcool ou de sucre. La fermentation lente et à basse température tout au long de l’hiver rigoureux confère à ce saké local sa texture vive et sèche et sa longueur en bouche. Le nec plus ultra étant la fabrication à partir d’un riz entièrement poli appelé cœur de riz : Il constitue ici 35% de la production des 48 000 bouteilles annuelles de cette brasserie.

Pratique : Niigata, 809 000 habitants sur 726 Km², le chef-lieu de la préfecture éponyme, est située sur l’estuaire de la rivière Shinano, la plus longue du Japon.

Où loger : Iwamuro Onsen Yumotoya, une très bonne adresse dans le voisinage des beaux endroits de Niigata. Cette calme, vaste et confortable auberge dispose de tous les équipements modernes tout en respectant l’hospitalité traditionnelle : chambre avec couchage futon et tatamis, kimonos et socques pour les hôtes, une restauration à base de produits locaux et évidemment les fameux bains d’eau de source thermale en intérieur et en extérieur au milieu d’un superbe jardin. Un service prévenant et après le dîner karaoké pour tout le monde, les japonais adorent !

91 1, IWAMURONSEN, NISHIKAN KU NIIGATA SHI, NIIGATA, 953 0104

Marie-José Colombani.

 

A faire absolument : le mur à saké ou Ponshukan,

Le Mur a saké de la gare de Niigata

impossible de ne pas le voir; il se trouve à la gare de Niigata. Imaginez une série de petits casiers tapissant tout un mur . Au vue de l’étiquetage indiquant le nom, l’origine, le pourcentage de polissage du riz, le degré d’alcool, le vieillissement , on choisit le casier qui tente et l’on introduit un des 5 jetons que l’on a obtenu contre 500 yens, le breuvage coule alors dans « l’ochoko », le petit bol de faience que l’on vous confie lorsque vous avez payé. Au choix on peut déguster de quoi remplir cinq fois le petit récipient. C’est joyeux, didactique et l’on peut acheter au magasin voisin son saké préféré (pas moins de 126 références dont évidemment des cœurs de riz)

 

 

 

 

PHOTOS :PHILIPPE VIDONI

 

4 réflexions sur “un autre Japon

  1. là c’est sur … on est en pleine évasion, les textes nous transportent et les images nous font rêver …Enfin un article qui sort du publireportage ! Merci.

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