la route du cacao

la Route du Cacao passe par le Mexique

les différentes étapes de la fève de Cacao
les différentes étapes de la fève de Cacao

Le long des rivages du Golfe du Mexique, dans ce Tabasco « pays des pirogues » entre terre, mer et rios, les Olmèques cultivaient déjà, il y a 4000 ans le cacaoyer, ici même où se perdent les dernières traces du légendaire roi Quetzalcoatl qui, dit-on, jeta les graines qui germèrent et donnèrent naissance aux généreuses haciendas cacaoteras. Le plus ancien des peuples bâtisseurs d’Amérique Centrale appréciait fort le breuvage préparé à l’aide de fèves de cacao qu’ils paraient de toutes les voluptés divines et que plus tard, la civilisation Maya a utilisé comme précieuse monnaie d’échange. Aujourd’hui, au cœur de luxuriantes forêts tropicales ponctuées de vestiges magnifiques et de vastes lagunes , les effluves de chocolat tissent un lien avec ces temps merveilleux où les dieux vivaient encore sur la terre.

Fondateurs de vastes centres urbains et cérémoniels,dans la région du Tabasco, les Olmèques restent les leaders parmi les prétendants à l’invention du chocolat. Symbole d’abondance il est employé comme offrande pour les rituels religieux et lors de funérailles des puissants. Même s’il ne reste aucune trace écrite (ils ne connaissent pas l’écriture), ce sont les Olmèques qui furent certainement les premiers humains à cultiver le cacaoyer et à déguster sous forme de « boissons amères » ses fèves. Celles ci grillées et broyées sur des pierres brûlantes formaient une pâte chauffée que l’on mélangeait ensuite avec de l’eau. Selon les goûts, On y ajoutait : de la vanille, du poivre, des piments, de la cannelle, de l’anis…. Une théorie toujours aléatoire bien sûr que les chercheurs s’emploient pourtant à transformer en certitude. Ainsi, de très sérieux tests à la théobromine ont certifiés des traces de cacao sur des tessons de poteries olmèques trouvées à San Lorenzo, proche du Tabasco. Le mot cacao viendrait quant à lui ? de kakaw une langue aujourd’hui disparue emblématique de cette même civilisation. Chauvinisme à tout crin, Villahermosa la capitale de l’état du Tabasco qui produit à lui seul 75% de la production nationale entend elle aussi avec fierté revendiquer son passé et son titre de « capitale du cacao». Cette cité lacustre fondée par des colons espagnols, sur une île à la croisée de trois fleuves, avait connu son apogée au 19eme grâce à l’import export de cacao, mais la découverte dés 1970 de pétrole sur ses côtes transforma la ville en centre économique actif, reléguant aux folkloriques oubliettes les arômes chocolatés. Afin de renouer avec ses racines, depuis 2010, la cité organise avec un succès croissant chaque en novembre le grand « Festival del chocolate ». Un grand salon où exposent planteurs et fabricants venus tout exprès mettre en avant leur patrimoine gastronomique.

le parc musée de La Venta

Le parc musée de la Venta
Le parc musée de la Venta

Quant au Patrimoine culturel, au sein d’une Urbanisation au trafic incessant, on le découvre vraiment juste après une romantique promenade le long du « paseos de las illusiones » au parc musée de La Venta Paysagé par une luxuriante jungle tropicale, cet immense musée de plein air a été crée de toute pièce par le poète lmexicain Carlos Pellicer. Il sert d’écrin bucolique à d’ énormes têtes olmèques, à des stèles, des autels, des statues et à d’autres vestiges sculptés dans la pierre volcanique. Ils proviennent du site archéologique de La Venta, une ville éloignée de 130 kms d’où on les a rapatriés pour les sauvegarder car en effet, ils étaient menacées par des gisements pétrolifères. On les découvre désormais dans le foisonnement d’une nature exubérante savamment mise en scène. Au hasard d’un sentier, des coatis, queues dressées se pavanent indifférents aux visiteurs. Blasés également les animaux emblématiques de la faune méso-américaine qui déambulent dans les zoos incorporés au parc. Dans une vitrine, les crânes de figurines de jadis évoquent drôlement les cabosses de cacao, ce cacao devenu aujourd’hui chocolat célébré en majesté sous toutes ses formes dans la boutique du Musée : bonbons, tablettes, reproductions, poudres à diluer, disques à croquer, recettes et curiosité maya cacao et maïs…Et pour se désaltérer rien de mieux que d’avaler un pozol, blanco ou negro (pâte de maïs seul, bouilli dans la chaux) ou brun (avec du cacao). Dilué, non sucré, c’est léger et délicieusement aqueux,

Calendrier Maya et 21 Décembre 2012

présentation du calendrier Maya
présentation du calendrier Maya

A Villahermosa, on ne saurait manquer la visite du musée régional Carlos Pellicer.

Le musée Carlos Pellicer
Le musée Carlos Pellicer

Il regorge d’objets et de sculptures préhispaniques avec entre autres un bas-relief maya présentant un personnage portant une cabosse de cacao, Mais surtout surtout… on peut enfin admirer de visu un des fragments (les deux autres sont chez des collectionneurs en Amérique) de la fameuse « stèle du temps »du calendrier Maya. Découverte sur le site archéologique de Tortuguero (stèle 6) elle n’en finit plus d’exciter les imaginations car elle fixe la fin du monde tel que nous le connaissons au 21 Décembre 2012 … La date figureduement sculpté sur la stèle dévoilée en grande pompe au public par l’archéologue en chef et mise il y a peu à la place d’honneur du musée. On se presse pour la voir car même les incrédules s’en émeuvent et chacun d’interpréter la prophétie à sa façon… un changement radical et global à l’échelle mondiale? la fin d’un cycle en concordance Terre et Soleil? La fin du monde ou d’un monde ???En tout cas le Mexique entend profiter largement de ce formidable coup de publicité à tel point qu’un Programme Monde Maya ponctué de grandioses manifestations culturelles et festives sont prévues tout au long de 2012 . Toujours d’après le calendrier maya, la nouvelle ère qui démarre ce 22 décembre correspond,, au très long cycle « de la précession des équinoxes ». Il devrait durer 25 868 ans…

Comalcalco cité maya du cacao

L’ancienne cité maya à vocation agricole située au cœur de la Chontalpa, à une soixantaine de kms de Villahermosa a subi une embellie industrielle ces dernières années grâce à la découverte de pétrole, l’or noir. Elle reste cependant le principal producteur de cacao, l’or blanc de la région. Stimulée par l’engouement des professionnels pour les cacaos de crus, elle mise sur le criollo, un cacao rare et cher .

comalcalco

Elle en a fait la star de la nouvelle et vaste chocolaterie et celle de son énorme foire annuelle. Le défilé de chars allégoriques et l’élection de Miss Flor de cacao ambassadrice des communautés agricoles en sont les points forts. A part de la ville moderne,c’est cependant l’ancienne Comalcalcao maya(600-1000 AJC)qui attire les visiteurs. Elle leur donne à admirer ses puissantes pyramides de briques d’argile . Elles ont été assemblées par les Chontals, des Mayas venus de l’Altiplano avec un mortier astucieusement renforcé par des coquilles d’huîtres. une exception dans l’architecture classique méso-américaine. Experts dans le commerce maritime ou fluvial à bord de leurs grands canoës, les Chontals négociaient cacao, sel, coquillages, piments, caoutchouc, peaux de bêtes sauvages (dont le très présent jaguar). Construite sur une colline artificielle, la Grande Acropolis déroule ses escaliers monumentaux Il faut grimper les hautes marches pour embrasser une vue magnifique : au loin les palmiers échevelés de la côte et toutes proches les plantations de cacao qui déroulent leur fondu enchaîné vert émeraude

 

l’ art monumental de Palenque

Le site de Palenque
Le site de Palenque

On ne peut aller au Sud Est du Mexique sans une visite de Palenque un des chef-d’œuvre absolu de l’art maya. Cernée par une forêt tropicale profonde, comme surgie de nulle part dans cette atmosphère humide et ouatée, Palenque saisit l’esprit par son fascinant art monumental. Datant de la période Classique entre 500 et 700 AJC, l’apogée de cette civilisation, ses principales constructions fortes et raffinées se caractérisent par une légèreté qu’autorisaient alors les nouvelles techniques propre à réduire l’épaisseur des murs. L’espace interne agrandi, les multiples ouvertures et le recours à des galeries confèrent une rare élégance à cette architecture richement décorée de sculptures et de stucs et qui émerveilla tant les conquistadors. En fait, les ruines de Palenque ne sont que le centre d’une immense ville qui s’étendait sur plus de 8 km2,et dont nous ne connaissons toujours pas le nom ancien . Elle conserve encore ses secrets après l’envahissement des populations locales qui entrainèrent son abandon. Reste le principal ensemble central du Palacio sur un immense tertre artificiel façonné comme une pyramide tronquée. Colossaux, ses différents édifices s’organisent autour de quatre cours dominées, à l’angle sud-ouest, par une sorte de tour de garde ou d’observatoire astronomique, unique chez les maya. Plus vaste encore, erigé au sommet d’une pyramide située en contrebas du Palacio et construit au-dessus d’une crypte funéraire, le temple des Inscriptions doit son nom aux hiéroglyphes préservés narrant l’histoire de la noblesse de la ville. Plus loin, d’autres magnifiques temples-pyramides en partie enfouis sous l’exubérante végétation : les temples du Soleil, de la Croix et de la Croix feuillue ,le temple du Comte sont en cours d’exploration. La beauté et l’importance du site où les fouilles continuent l’ont fait reconnaître Patrimoine de l’Humanité en 1987.

Les haciendas cacaoteras

Chacune avec leur charme propre, elles sont nombreuses à ouvrir leur porte . Ainsi l’Hacienda de La Luz l’une des plus importantes de la région (50 hectares) plus connue sous le nom d’Hacienda Wolter de l’ immigrant allemand qui l’a acquis au début des années 30 et en a fait l’un des premiers domaines de cacao industrialisé. Elle produit deux tonnes de cacao par semaine dont prés de 300 kilos vendus sur place . Outre ses cinq hectares de forêt entièrement vierge en lisière, La Hacienda La Luz, croule sous la végétation : des guirlandes de liane dégringolent des arbres, des fougères géantes s’épanouissent, les magnolias font s’ouvrir leurs fleurs laiteuses, les rosiers embaument , des calebasses

recolte de calebasses
recolte de cabosses

dont les gros fruits ronds se balancent au bout des branches attendent d’être fendus en deux, vidés et séchés pour obtenir une coupe, une jicara. Le petit musée de la Luz en possède une collection, côtoyant des récipients élaborés à partir de citrouilles, giraumons et autres cucurbitacées, souvent finement incisés de motifs végétaux. La chocolaterie est restée la même qu’à sa création par le Dr Otto Wolter, dans les années 1960, avec une curiosité, une trieuse à cacao criollo. La maison d’habitation de la Luz avec son patio fleuri, sa vaste cuisine à l’ancienne et sa collection de photos jaunies garde le charme d’antan. L’hacienda fabrique de délicieux disques de chocolat à râper, commercialisés dans sa petite boutique.

Dans l’ancienne maison de maîtres de l’hacienda Jesus Maria, devenue musée:

l'acienda Jésus Maria
l’acienda Jésus Maria

Le temps semble arrêté :une jolie robe d’un rose fané espère la jeune femme qui l’a portée cent ans plus tôt ; sur un plateau un nécessaire à chocolat avec sa tasse , un pichet nanti d’un moussoir et des disques chocolat attend. la cuisine en plein air sous un auvent de paille, pots anciens et moulinette à chocolat servent encore à préparer les breuvages au cacao d’antan. Avec ses cabosses aux couleurs tendres, ses orchidées accrochées aux troncs des cacaoyers, ses passiflores aux fleurs géantes, ses daturas suaves, ses orangers odorants, ses manguiers, ses canneliers, ses impressionnants arbres à pain et ses buissons de piments écarlates, l’hacienda tient du paradis. Dans la chocolaterie :

machine à moudre le cacao
machine à moudre le cacao

 

les machines laquées jaune vif continuent de moudre le maïs et le cacao en une farine blonde ou bien crachent un boudin de pâte de cacao dans un seau (il est permis de goûter !).Dans la boutique s’alignent les têtes olmèques en chocolat et des cayucos de bois remplis de friandises.
Se visitent également la finca Cholula, avec ses singes en liberté , la fabrique de chocolat El Chontal, l’hacienda la Chonita, qui propose des bains de vapeur traditionnels aux herbes aromatiques et des massages au cacao. Le codex Vindobonensis représente un temazcal, une « maison des bains de vapeur » surmontée de cabosses de cacao, qui indiquent que les graines ou les écorces du cacao y étaient autrefois utilisées comme plante médicinale.

 

 

 

 

 

Photos Philippe Vidoni

Une réflexion sur “la route du cacao

  1. savant dosage ! les photos magnifient un texte exubérant, le tout nous innonde d’envies d’aller voir ailleurs, merci pour ce vagabondage authentique et rempli de savoirs ancestraux si bien retransmis

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